Un boom sans précédent de la natalité des jumeaux dans le monde

12 mars 2021 à 11h39 par FARGIER Emilie

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Il n’y a jamais eu autant de naissances de jumeaux dans le monde : un pic qui s’explique par l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) et l’âge plus tardif des grossesses, avancent des chercheurs, vendredi 12 mars, dans la revue spécialisée Human Reproduction. "Plus de 1,6 million de paires de jumeaux naissent chaque année dans le monde, soit près d’un bébé sur 40", selon cette étude.

Depuis les années 1980, le taux mondial d’accouchements de jumeaux a augmenté d’un tiers, passant de 9,1 à 12 pour 1 000 accouchements, en seulement trois décennies, rapporte Gilles Pison, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et chercheur associé à l’Institut national d’études démographiques (INED). Ce boom des jumeaux est préoccupant car ils sont plus souvent de petit poids, prématurés, avec plus de complications lors de l’accouchement et une mortalité plus élevée que les autres, sans oublier les difficultés pour les parents de s’occuper de deux bébés en même temps.

Une augmentation liée à la procréation médicalement assistée

L’augmentation de la fréquence mondiale des jumeaux est due uniquement à la hausse sans précédent des grossesses de ce qu’on appelle les "faux jumeaux" (provenant de deux ovules différents), qui varient d’un continent et d’une période à l’autre. Les vrais jumeaux, dits monozygotes, naissent partout dans les mêmes proportions, avec "un taux constant – de quatre accouchements de vrais jumeaux pour mille accouchements – ne variant pas avec l’âge de la femme, ni d’une région à l’autre", relève le Pr Pison.

La PMA, qui a commencé dans les pays riches dans les années 1970, a contribué à cette augmentation des naissances multiples, de même que les grossesses plus tardives. Le taux sanguin d’une hormone qui joue sur la maturation de l’ovule et l’ovulation, la FSH, augmente avec l’âge et explique que la probabilité d’une grossesse gémellaire augmente jusqu’à atteindre un maximum à 37 ans. Au-delà, avant l’arrivée de la PMA, le taux de faux jumeaux diminue rapidement en raison d’une défaillance de la fonction ovarienne et d’un accroissement de la mortalité embryonnaire, explique le chercheur.

Les progrès techniques de la PMA permettent depuis plusieurs années d’avoir une grossesse avec autant de succès en n’implantant qu’un seul embryon et en congelant ceux en surnombre. Une précaution qui fait que « nous avons peut-être atteint un sommet en matière de taux de gémellité, en particulier dans les pays riches où la PMA s’est le plus diffusée jusqu’ici », notent les auteurs.

Hausse du taux de gémellité en Europe et en Amérique du Nord

Les rédacteurs de l’étude, Gilles Pison, Christiaan Monden, de l’université d’Oxford, et Jeroen Smits, de l’université Radboud aux Pays-Bas, ont exploité toutes les données disponibles pour estimer le taux de gémellité dans les différents pays du monde et décrire les changements survenus en trois décennies, en comparant les périodes 1980-1985 et 2010-2015.

Sur les 3,2 millions de jumeaux naissant chaque année, 1,3 million voient le jour en Afrique (soit 650 000 paires) et autant en Asie. Le reste, environ 600 000 enfants, sur les autres continents. Si l’Asie abrite autant de naissances de jumeaux, c’est d’abord parce qu’elle rassemble 60 % de l’humanité. Le grand nombre de jumeaux en Afrique (17 % des humains) s’explique notamment par un taux de natalité bien supérieur qu’ailleurs, qui se situe entre le double et le triple de celui des autres continents ainsi que par un taux de gémellité au départ le plus élevé du monde.

Le taux de gémellité en Europe et en Amérique du Nord était il y a quarante ans près de moitié moindre qu’en Afrique, mais il a beaucoup augmenté depuis (atteignant respectivement 14,4 et 16,9 accouchements de jumeaux sur 1 000) et a presque rejoint celui de l’Afrique, qui lui, n’a pas pratiquement pas changé (17,1). La diffusion de la PMA et les maternités à un âge plus avancé ont donc entraîné "un mouvement de convergence" vers ce taux élevé.